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Gestion du stress des soignants Gestion du stress des soignants

Dr N. ATTARD* & Dr M. BENOIT**

*Urgentiste,
Service des Urgences, Hôpital Sainte Marguerite,13274 Marseille cedex 9

**Chef de service,
Urgences psychiatriques, Hôpital Saint-Roch, 06606 NICE cedex 1

Les soignants travaillant aux urgences sont plus particulièrement soumis à des situations génératrices de
stress aigu ou chronique. Ces réactions procèdent d’une interaction spécifique entre des professionnels, un
environnement, des usagers. Il est nécessaire que les services concernés s’impliquent dans une démarche
active qui peut se détailler en trois phases de prévention :
- prévention primaire : identification et prévention des facteurs de risque, formation-action des intervenants,
supervision des attitudes de prise en charge, conception des infrastructures et de la fonctionnalité des
urgences
- prévention secondaire : dépistage des signes de stress ou de souffrance psychologique chez les soignants,
diminution du risque de récidive des évènements indésirables, gestion du burn-out et du stress chronique,
amélioration de l’infrastructure et des protocoles, soutien de l’équipe
- prévention tertiaire : limitation des effets des évènements indésirables graves (agression, violence,
erreurs professionnelles), gestion des victimes.

Le premier temps est d’identifier avec l’ensemble des intervenants les facteurs facilitateurs ou protecteurs
de situations de stress. Cette démarche est débutée avant la structuration du service et se poursuit à visée
d’amélioration. Chez les professionnels, on peut citer le haut niveau de demande des usagers mais aussi de
l’hôpital, les pressions sociales et institutionnelles, la difficulté de fixer des limites, la charge physique et
psychologique, la difficulté à hiérarchiser les priorités, l’absence de ressources extérieures. Les formations
initiale et continue, par exemple ciblées sur la prévention des situations de violence, peuvent porter sur cette
aptitude à reconnaître. La structuration de l’accueil, de l’équipe autour d’une démarche réaliste de soins, le
renforcement du sentiment d’efficacité, le développement des aptitudes à soulager son stress sont prioritaires.
Les vulnérabilités individuelles sont aussi à prendre en compte afin de renforcer chaque individu.

Il convient ensuite de prévenir le débordement des capacités des soignants, par des attitudes préventives
qui doivent concerner autant les soignants, les usagers, l’environnement de soins. Le dépistage des premiers
signes de stress par les pairs, mais aussi par l’individu lui-même peuvent permettre de désamorcer les situations
qui évoluent spontanément vers une auto-aggravation. Il s’agit de réactions physiques et comportementales,
émotionnelles et cognitives que les soignants repèrent plus facilement chez les patients que chez
eux-mêmes. Les aides à ce stade sont collectives mais aussi individuelles, afin de faciliter chez chacun des
stratégies d’adaptation efficaces. La circulation de la parole et des émotions entre les membres de l’équipe
est fondamentale, car elle a intrinsèquement des qualités régulatrices et thérapeutiques. Apprendre chaque
soignant à demander de l’aide lorsqu’il se sent débordé dans sa réaction de stress est une démarche à
encourager.

Enfin, il faut considérer le traitement des situations pathologiques de stress, notamment après des évènements
ayant une valeur psychotraumatique pour l’équipe. Cette démarche ne peut pas être improvisée,
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mais devrait faire l’objet de protocoles conçus avec l’équipe, les instances de direction, le CHSCT, la médecine
du travail. Le soutien auprès des agents en situation de stress dépassé ou chronique peut avoir dès lors
une valeur thérapeutique pour l’individu lui-même, pour l’agent membre d’une équipe, et aussi pour l’ensemble
de l’équipe. L’expérience démontre que des situations de déstabilisation sévère pouvaient être suivies
d’un renforcement et d’une solidarisation des membres de l’équipe après une gestion psychologique et institutionnelle
directe, non différée, honnête d’évènements graves.

La majorité des mesures de gestion du stress sont d’ordre préventif, s’appuient sur la formation du personnel,
et doivent se situer en amont des situations à risque. Néanmoins, toute attitude préventive a ses limites,
et une gestion efficace, collective et individuelle du stress lorsqu’il survient porte en elle les préventions
secondaire et tertiaire que chaque service peut mettre en oeuvre.